Culte ou rencontre hebdomodaire de l'Église locale?

 

« Culte ou rencontre hebdomadaire de l’Église locale ? »       Un article de Bernard Huck revisité

David Brown

Paru dans Théologie Evangélique n°2, 2021

Version de la Bible utilisée : Segond 21 (sauf mention contraire)

 

L’article de Bernard Huck Culte ou rencontre hebdomadaire de l’Église locale a été publié dans le numéro 30 (mars 1995) de Fac-réflexion (pages 4-15), revue qui s’est muée en Théologie Évangélique en 2002. Il s’agit de la reproduction du texte de la leçon d’ouverture de l’année académique 1994-1995, le dimanche 16 octobre 1994, présentée par Bernard Huck, alors professeur de théologie pratique à la FLTE.

 

Bernard Huck écrit qu’il cherche à éclairer le sujet pour « rendre service à ceux qui, à juste titre, se préoccupent de cette rencontre si importante du dimanche matin. »

 

L’en-tête de son article pose une série de questions introductive dont :

 

·      On n’y pense plus, mais le mot ‘culte’ convient-il en vérité ?

 

·      Ou bien dévierait-il imperceptiblement les attentes et les pratiques ?

 

L’auteur lui-même explicite l’enjeu dès l’entrée en matière de son article :

 

La rencontre hebdomadaire de l’Église locale est-elle, doit-elle être un « culte » au sens « d’hommage rendu à la divinité » - comme le définissent certains dictionnaires – d’offrandes, de louanges apportées à Dieu par les fidèles rassemblés, et cela, par des chants, des prières, des rituels appropriés ? Le fait même que ce mot se soit imposé pour désigner le service religieux protestant ne cesse de m’intriguer.

Mais le fait est que ce mot s’est imposé ! Le Petit Larousse donne plusieurs définitions du culte, dont « Office religieux chez les protestants ». Soit. Mais suivant la pensée de Bernard Huck, on peut s’interroger sur l’orientation du contenu de cette rencontre qui a pu être inconsciemment induite par un vocabulaire religieux tel que « office ».

En ce qui concerne le contenu du « culte », Bernard Huck propose plusieurs éléments bibliques ou théologiques :

·      « Qu’est-ce que la Bible, le Nouveau Testament en particulier, dit d’explicite sur le culte chrétien ? Très peu. Contrairement à bien des fondateurs de religion, Jésus n’a rien laissé de précis à ce sujet. Les quelques témoignages que nous avons sur les réunions de l’Église, dite primitive, dans les Actes et les Épîtres, sont peu nombreux, partiels et posent des problèmes d’exégèse ». En effet, ces textes sont plutôt descriptifs, jamais présentés comme normatifs. En revanche, quant aux quelques textes didactiques, ils répondent à des problèmes spécifiques, localisés (1 Co 11-14). »

·       Les textes néo-testamentaires concernant les réunions des chrétiens utilisent avec parcimonie le champ lexical  de l’adoration, par exemple les verbes latreuô (rendre un culte) ou proskunéô (se prosterner). 

·      Que faisaient les chrétiens quand ils se réunissaient ? En se basant sur les travaux de Howard Marshall (alors professeur d’exégèse  du Nouveau Testament à Aberdeen), Bernard Huck propose que « les réunions de l’Église comportaient un triple mouvement :

·      Des hommes vers Dieu (louange, actions de grâces, prières)

·      Dieu vers les hommes (les dons spirituels accordés, l’Écriture lue et commentée par les docteurs et par les prophètes)

·      Des hommes vers les hommes (l’action pastorale, les secours matériels). »

Et voici la conclusion de Bernard Huck :

« Nous nous sommes demandé si le mot « culte » convenait à nos rencontres du dimanche matin. Mon impression est que le mot est « piégé », comme l’on dit, en ce sens qu’il risque de nous enfermer, de nous limiter à une expression uniquement cultuelle de l’Église (…) un mouvement trop exclusif des hommes vers Dieu, lui apportant leur hommage et leurs offrandes. Or Dieu lui-même aussi, et surtout, nous apporte beaucoup dans le culte et Il agit. Nous nous apportons aussi quelque chose les uns aux autres. »

 

L’article revisité

 

Vingt-cinq ans après, il me semble que le moment est opportun pour revisiter ce texte (à lire dans sa totalité), et de réfléchir à nouveau sur les questions posées. On peut avoir des réticences sur la méthodologie de Bernard Huck dans cet article par rapport à l’étymologie des mots, mais il n’en reste pas vrai que le chrétien évangélique devrait toujours chercher à réformer ses pratiques en réexaminant l’Écriture (ecclesia semper reformanda). Il arrive même que l’évolution de la société, loin d’être perçue comme un facteur négatif, pourrait l’encourager dans ce sens.

L’argument (voire le plaidoyer) de cet article, c’est qu’il faudra envisager d’élargir la gamme d’éléments que l’on pratique habituellement au « culte ». Nous allons donc examiner ce que le Nouveau Testament enseigne sur les réunions de l’Église. La difficulté, c’est que les textes souvent cités (Ac 2.42;  4.24-31; 12.12; 1 Co 11; 14; Ep 5.19-20; Col 3.16; Hé 10.24) se réfèrent au fonctionnement de l’Église en général et pas forcément au « culte » (tel qu’on le comprend aujourd’hui). Autrement dit, il faut se garder de partir de l’existant en cherchant à le justifier à force de textes bibliques. Ou, pour utiliser un « exercice mental » (« thought experiment »), supposons un homme converti par la seule lecture de la Bible alors qu’il se trouverait sur une île déserte : qu’attendrait-il d’une réunion chrétienne à son retour à la civilisation ? Serait-il surpris par nos cultes habituels ? Se baser uniquement sur les textes est un exercice exigeant, même s’il est illusoire de ne pas tenir compte de vingt siècles de chrétienté !

Certes la manière de célébrer le « culte » a nettement évolué au cours des dernières décennies. Bernard Huck s’exclame dans son article « Quelle différence entre les cultes de mon enfance et ceux d’aujourd’hui ! ». Il mentionne la multiplication des intervenants, la diversification des actes, les changements d’attitudes, de dispositions dans l’espace, et « surtout la louange qui prend plus de place, avec des mélodies attrayantes rythmées et qui repousse parfois la prédication en queue de culte ». Mais en ce qui me concerne, il est possible de soutenir que la forme a évolué mais pas forcément le fond. La conception du culte demeure inchangée, puisque les deux éléments centraux restent en place, à savoir un accent sur l’adoration collective de Dieu et un (ou des) moments homilétiques, sans laisser le temps pour d’autres aspects de la réunion communautaire. 

Je propose donc trois thèses pour faire suite à l’article de Bernard Huck.

1)    Première thèse : il faudrait prendre au sérieux sa conclusion que notre conception du culte est « piégée ».

Il est incontestable que le mot français 'culte' en est venu à désigner, en milieu protestant, la réunion au cours de laquelle on se livre à certaines activités (le chant de cantiques, la lecture de la Bible, la prédication/l'enseignement, la célébration de la cène), et qui se déroule habituellement le dimanche.  D'ailleurs, le Petit Robert indique, comme l'un des sens du mot, "service religieux protestant". Un tel usage peut paraître donc tout à fait normal et légitime. Mais la question posée par l’article de Bernard Huck porte sur le contenu du culte : ce que l'on y fait correspond-il à ce que la Bible enseigne ? Autrement dit, ce n’est pas le mot qui importe mais ce que l’on fait dans ce que l’on nomme culte.

Il est donc important de se poser des questions sur la compréhension de ce mot, car  « nos catégories perceptives se retrouvent refaçonnées et organisées par le langage qui vient imposer les catégories propres à la langue de l’individu »[1]. Or le protestant (y compris le protestant évangélique) a une compréhension du culte qui est façonnée à la fois par la pratique séculaire (et il en découle pour beaucoup que seules certaines activités sont admises lors d'un culte) et par son usage profane (« rendre un culte »).  Cette double influence conduit le protestant à penser que le culte sert surtout à l’adoration, et cela souvent par le chant : c’est certainement cela qui est à l’origine de l’accent placé sur la louange aujourd’hui. « Les critères de catégorisation sémantique propre à chaque langue sont liées aux conditions de la vie de la communauté linguistique, à ses besoins, ses pratiques, ses coutumes, ses institutions, bref, sa culture »[2]. En l’occurrence, en ce qui concerne le mot « culte », il s’agit de l’immersion dans la  culture protestante, qu’elle soit réformée ou évangélique.

Puisque le mot « culte » est un mot français, il sera instructif le de se demander comment ce mot est utilisé dans les versions françaises de la Bible. L’usage du mot dans ces textes influence-t-il la compréhension qu’ont les chrétiens francophones de la nature du culte ?  

Commençons donc par examiner les occurrences du mot culte telles que l’on les rencontre dans la plupart de nos versions françaises de la Bible. Nous noterons d’abord une nette différence entre les deux Testaments.

D’abord, dans l’Ancien Testament, il s’agit de cérémonies (c’est la traduction préférée par le Semeur d’ailleurs) selon les prescriptions de la loi de Moïse :

Quand l’Eternel t’aura fait entrer dans le pays des Cananéens, des Hittites, des Amoréens, des Héviens et des Jébusiens, qu’il a juré à tes ancêtres de te donner, pays où coulent le lait et le miel, tu rendras ce culte à l’Eternel au cours de ce même mois. (Ex 13:5).

Ou bien le mot désigne l’adoration des idoles :

Veille sur toi-même. Sinon, en levant les yeux vers le ciel et en voyant le soleil, la lune et les étoiles, tous les corps célestes, tu te laisseras entraîner à te prosterner devant eux et à leur rendre un culte. (Dt 4:19).

Cette compréhension vétérotestamentaire du culte israélite est soulignée d’ailleurs dans le Nouveau Testament :

Or, ils célèbrent un culte qui n’est que la copie et l’ombre des réalités célestes. Moïse en avait été averti alors qu’il allait construire le tabernacle: Regarde, lui dit en effet le Seigneur, et fais tout d’après le modèle qui t’a été montré sur la montagne. (Hé 8:5).

La première alliance avait donc des règles relatives au culte, et un sanctuaire terrestre. (Hé 9:1).

Mais c’est Jésus lui-même qui insiste sur la nouveauté qu’il introduit. En parlant avec la femme samaritaine, il affirme que « l’heure vient où ce ne sera ni cette montagne ni à Jérusalem que vous adorerez le Père » car « l’heure vient, et elle est déjà là, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit (ou « par l’Esprit », version du Semeur) et en vérité. En effet, ce sont là les adorateurs que recherchent le Père ». (Jn 4.21,23).

Il n’est donc pas surprenant que, dans le Nouveau Testament, les seules occurrences du mot ‘culte’ dans les versions françaises (pour traduire  les mots latreia, latreuo) n’évoquent pas autre chose que l’attitude des chrétiens devant Dieu, sans évoquer explicitement les réunions d’une Église locale en tant que telles.

  • ·          Je vous encourage donc, frères et sœurs, par les compassions de Dieu, à offrir votre corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu. Ce sera de votre part un culte raisonnable. (Rm 12.1)

       En effet, les vrais circoncis, c’est nous, qui rendons à Dieu notre culte par l’Esprit de Dieu, qui plaçons notre fierté en Jésus-Christ et qui ne mettons point notre confiance en notre condition. (Ph 3.3)

  •  C’est pourquoi, puisque nous recevons un royaume inébranlable, attachons-nous à la grâce qui nous permet de rendre à Dieu un culte qui lui soit agréable, avec respect et avec piété. (Hé 12.28).

 

On peut en conclure que ces textes décrivent une attitude qui devrait caractériser la vie tout entière du chrétien, mais qu’ils n’évoquent pas le contenu d’un culte en tant que rencontre des chrétiens.

Quels sont les mots utilisés pour désigner les occasions où les chrétiens se retrouvent ? Ils ont tous tout simplement le sens « se rassembler », ce qui n’est pas une surprise. Il s’agit du vocabulaire suivant :

·      sunago (ou sunagoge) : Ac 15.30, Ac 20.7-8, Hé 10.25, Jc 2.2.

·      ekklésia : Rm 16.5, 1 Co 11.18, 1 Co 14.19, 23.

·      sunerchomai : 1 Co 11.17-18, 1 Co 14.23, 26.

Regardons donc ces textes de plus près pour chercher des indices qui indiqueraient ce que les chrétiens faisaient lors de leurs réunions.

       Ac 15.30         Ils réunirent l’ensemble des croyants

Les chrétiens ont écouté la lecture d’une lettre, dont le contenu les a réjouis, et les délégués envoyés par le Concile de Jérusalem, Jude et Silas, « parlèrent longuement aux frères pour les encourager et les affermir dans la foi »

       Ac 20.7           Le dimanche, nous étions réunis pour rompre le pain

       Ac 20.8           Nous étions réunis à l’étage supérieur

Rompre le pain signifie certainement prendre un repas fraternel au cours duquel on se souvient de l’œuvre du Seigneur (« la cène »). Paul s’est entretenu avec les disciples et a fait un discours qui s’est prolongé jusqu’à minuit.

       Rm 16.5         Saluez aussi l’Église qui se réunit dans leur maison

Pas d’indication sur le déroulement de la réunion.

       1 Co 11.17      Vos réunions, au lieu de contribuer à vos progrès, vous font devenir pires

       1 Co 11.18      Lorsque vous tenez une réunion

La suite du texte parle de l’agape, et Paul donne des instructions sur la manière de manger le pain et de boire la coupe dignement.

       1 Co 14.19      Lors des réunions de l’Église

       1 Co 14.23      Imaginez que l’Église se réunisse tout entière

       1 Co 14.26      Lorsque vous vous réunissez

Le contexte de ce chapitre concerne la prophétie (parler aux hommes, les édifier, les encourager, les réconforter, v. 4) et le parler en langues (qui a besoin d’interprétation, sinon cinq paroles intelligibles pour instruire sont préférables). Dans tous les cas, l’objectif est l’édification. En se réunissant, il est question d’un cantique, d’un enseignement, d’une révélation, d’une langue et de son interprétation – ce qui implique l’apport de chacun. « Mais que tout se fasse convenablement et avec ordre »

       Hé 10.24-25   Ne délaissons pas nos réunions, comme certain en ont pris l’habitude.

L’objectif de la réunion est l’encouragement mutuel, en veillant les uns sur les autres pour nous inciter à l’amour et à de belles œuvres. Les  moyens ne sont pas précisés, mais deux choses sont apparentes dans ce texte. D’abord, la réciprocité : d’ailleurs, le nombre impressionnant de versets du Nouveau Testament qui contiennent l’expression « les uns les autres » nous met en garde contre des réunions où les participants restent passifs et consuméristes. Ensuite, la finalité de la rencontre : on a parfois l’impression que l’on vient surtout au culte pour « rencontrer Dieu » ou « pour se trouver en présence de Dieu » (et ces moments à part y sont favorables), mais l’accent de ce texte porte sur le culte comme préparation, encouragement et stimulant de la vie du disciple en vue de son activité tout au long de la semaine.

Que peut-on en conclure ? « Le Nouveau Testament donne très peu d’éléments normatifs concernant la forme du culte, même si l’on y  trouve les traces de certaines pratiques de l’Église primitive (pas forcément uniformes). Ce silence est parlant et nous empêche de sacraliser une forme de culte particulière »[3].

Les liturgies proposées ou les habitudes vécues dans les Églises protestantes au sens large comportent généralement les éléments suivants, mais pas forcément dans cet ordre.

-       introduction ou invocation

-       Louanges et adoration

-       Lecture de la Parole

-       Confession des péchés

-       Repas du Seigneur

-       Prédication

-       Offrande

-       Intercession

-       Bénédiction

Il arrive que certaines composantes de cette liste soient escamotées, en partie en raison de la part grandissante de la musique dans les cultes évangéliques. On a parfois l’impression que la « louange » est devenue le moyen par lequel Dieu se manifeste (et certains chants l’affirment !). Puisque dans la pensée postmoderne contemporaine, la valeur d’une affirmation ou d’une action est validée par les émotions, un certain style musical s’est imposé comme la voie royale vers l’expérience de Dieu. Est-ce pour cette raison que le mot « célébration » a remplacé « culte » dans certaines Églises évangéliques ? Ce changement de vocabulaire ne change rien au fond si cette célébration correspond aux objectifs bibliques d’une rencontre de l’Église. Mais il existe le danger que ce choix de mot soit réducteur en communiquant aux participants que la louange est la principale raison de nos rassemblements hebdomadaires, même une voie médiatrice entre Dieu et l’homme.

Pourquoi donc se réunir entre chrétiens ? La pensée que Paul se résume en une phrase : « que tout se fasse pour l’édification » (1 Co 14.26). L’apôtre utilise le champ lexical du bâtiment, et la version du Semeur l’exprime ainsi : « Que tout cela serve à faire grandir l’Église dans la foi ». L’édifice (le bâtiment) s’élève, et cela à la fois sur les plans quantitatif et qualitatif.

Mais existe-t-il des apports utiles pour cette édification que l’on ne trouve pas au cours de nos « cultes » habituels, dans la mesure où les chrétiens, de par leur histoire, n’y envisagent pas leur inclusion ?  Et pourtant, comme Bernard Huck l’a rappelé, la réunion dominicale est le seul moment où tous les membres sont présents, et s‘ils ne peuvent pas bénéficier de ces ingrédients à ce moment-là, à quel moment et de quelle manière pourraient-ils  les recevoir ?

Les deux thèses suivantes vont proposer deux aspects de l’édification qui ont été plutôt sous-exploités, voire oubliés : la connexion au contexte de l’Église et la préparation des chrétiens en vue de leur vie de disciple tout au long de la semaine. C’est ainsi que l’on pourra s‘aligner sur la mentalité ecclésiale des premiers chrétiens. 

« Il est difficile d’envisager que quelqu'un ait pu sérieusement relier le phénomène du christianisme à la pratique d'une religion dans son sens usuel du premier siècle. Du point de vue social, les cercles bavards, passionnés et parfois querelleurs qui se réunissaient pour lire les lettres de Paul au cours du repas du soir dans des maisons privées, ou les groupuscules de rigoristes éthiques qui se réunissaient avant l’aube et qui alarmaient Pline le jeune étaient une nouveauté déconcertante... »[4].

2)    Deuxième thèse : il faudrait tenir compte de l’évolution de la société pour que la rencontre hebdomadaire reste pertinente et édifie le croyant.

Que nous vivions dans un monde post-chrétien, cela n’échappe à personne. La société française ne se construit plus sur les bases de la foi chrétienne. Il est vrai, paradoxalement, que l’on continue de faire appel à des valeurs chrétiennes sans s’en rendre compte : on a abattu l’arbre mais on désire toujours en manger le fruit. Mais dans tous les domaines de la réflexion, la plausibilité de la foi chrétienne est battue en brèche. Toute une panoplie de philosophies (modernes ou postmodernes) réclament l’autonomie humaine et rejettent le rôle des « religions ». La sociologie répugne à reconnaître l’existence de la nature humaine, préférant penser en termes d’êtres humains uniquement façonnés par la culture. Et le droit positif se limite à ce qui est permis ou interdit de faire, sans préoccupation pour des questions éthiques. Ajoutons à cela l’inculture religieuse générale, et l’on se rend compte que les chrétiens vivent de plus en plus en terre étrangère.

Jésus a annoncé dès sa résurrection : « Comme le père m’a envoyé je vous envoie », ce qui ne fait que confirmer la prière sacerdotale de Jean 17, où le Seigneur prie pour ses disciples envoyés dans le monde sans être du monde. Chaque chrétien peut se considérer comme un envoyé (un missionnaire !) dans le monde au nom de Jésus. Mais puisque notre société est « une terre étrangère », il s’ensuit que les chrétiens sont obligés de faire l’effort de comprendre ce monde, son langage, ses idées, et ses structures, tout comme un « missionnaire » envoyé au loin doit découvrir et décoder la culture d’un autre pays afin de délivrer correctement le message qui lui a été confié.

Quel est le rapport avec la rencontre hebdomadaire de l’Église locale ? Puisque cet apprentissage de la réflexion est une nécessité pour bien vivre sa foi et bien la communiquer dans le contexte contemporain, et puisque la rencontre dominicale de l’Église est le seul moment qui réunit toute la communauté, il semble logique de consacrer une partie de ce rassemblement à cette formation. Les événements politiques et sociaux de ces dernières années, le complotisme, les « fake news », l’utilisation des médias et des réseaux sociaux ont un impact direct sur la vie des chrétiens. Cet enseignement sur le monde actuel et les enjeux de la société n’est plus un luxe, ne serait-ce que pour la survie spirituelle. Il n’est pas souhaitable (ou possible) de vivre en vase clos, dans une bulle spirituelle. La culture au sens large touche tous les domaines de notre vie et exerce une influence sournoise sur notre façon de concevoir le monde et notre prochain. Les travaux sociologiques de Peter Berger sur les structures de plausibilité et de Pierre Bourdieu sur « l’habitus » ont démontré cette réalité.

Pourquoi envisager cet ajout au déroulement habituel de la rencontre dominicale de l’Église ? Trois pistes de réflexion se rejoignent pour légitimer la place d’un enseignement sur ces questions.

1)    La nécessité d’appliquer les paroles de Jésus dans toutes les cultures.

Nous avons déjà cité le verset d’Actes 2.42 : « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres ». Or, un a priori se glisse souvent dans la compréhension de cette phrase : on a trop vite assimilé l’enseignement des apôtres à l’enseignement de la Bible. Certes c’est une interprétation tout à fait justifiée, mais une partie de cet enseignement concerne les questions de société.

Les paroles de Jésus sont si limpides, si percutantes que nous ne pouvons pas nous esquiver par de faux raisonnements. Et pourtant il faut les appliquer ! Et on voit les apôtres chercher à faire cela dans les Actes et dans leurs lettres. Au fur et à mesure que la foi chrétienne se répandait dans le bassin méditerranéen, les apôtres ont été amenés à batailler pour que cet enseignement lumineux de Jésus soit vécu dans les Églises. On a tendance à sous-estimer cette difficulté.

Un exemple concerne le couple. L’enseignement de Jésus sur le mariage (par exemple dans Marc 10.2-9) était clair comme l’eau de roche pour les Juifs qui ont entendu ces paroles. Dans leur culture, ceux-ci n’avaient pas de rapports sexuels avant le mariage (pensez à l’histoire de Joseph et Marie !). En revanche, la sexualité était normale (le Cantiques des cantiques fait partie du canon biblique) et les enfants sont une bénédiction. Ils ne niaient pas l’existence du péché (l’adultère de David est condamné), mais le récit des débuts de l’humanité dans Genèse 2 constituait le cadre des relations homme-femme. Mais la société gréco-romaine avait une vision du monde très différente. Par conséquent, Paul a dû consacrer tout un chapitre de sa lettre aux Corinthiens à cette question (1 Co 7), en répondant à la question qu’il avait reçue de leur part : « Est-il bon pour l’homme de ne pas prendre de femme ? »

Le même raisonnement s’applique aux trois chapitres suivants de 1 Corinthiens : la question sur les viandes sacrifiées aux idoles n’avait aucun sens à Jérusalem, mais méritait un long exposé pour les Corinthiens.

2)    L’importance de notre intelligence.

Quand quelqu’un se convertit, « il est une nouvelle création » (2 Co 5:17), et par conséquent,  des changements vont s’opérer dans sa vie. « Le changement visé ne se réduit pas à un changement de comportement. La conversion comporte bien plus que cela : c’est un changement bien plus radical, qui affecte la manière d’être, la façon de penser, l’échelle des valeurs, les priorités, la manière de vivre, l’attitude, le comportement... »[5].

La nécessité d’un changement de façon de penser est confirmée par le fait que (selon les versions) environ 28 versets du Nouveau Testament parlent de notre « intelligence », et environ 38 évoquent notre « pensée » ou « nos pensées ». Parmi ce nombre, voici quelques versets (et non des moindres !) qui mettent en avant notre intellect :

o   « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta pensée et de toute ta force » (Mc 12.30).

o   « Soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence afin de discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Rm 12.2).

o   « On vous a enseigné (…) à vous laisser renouveler par l’Esprit dans votre intelligence » (Ep 4.22-23).

o   « Nous renversons les raisonnements et tout obstacle qui s’élève avec orgueil contre la connaissance de Dieu, et nous faisons toute pensée prisonnière pour qu’elle obéisse à Christ » (2 Co 10.5).

En cela, le chrétien suit l’exemple de son Maître au sujet de qui Luc a écrit : « Tous ceux qui l’entendaient étaient stupéfaits de son intelligence et de ses réponses » (Lc 2.47) – et cela à l’âge de 12 ans !

Face aux contours de notre société contemporaine, les chrétiens sont appelés à avoir « la pensée de Christ » (1 Co 2.16). Certains pensent qu’il s’agit sans doute des apôtres dans ce verset, mais dans le contexte de ce début de la lettre aux Corinthiens, Paul souligne qu’il cherche à transmettre cette pensée, car il enseigne « la sagesse parmi les hommes mûrs, mais une sagesse qui n’est pas de ce temps ni des chefs de ce temps » (1 Co 2.6). Ou comme l’exprime la version du Semeur, « nous enseignons une sagesse aux chrétiens spirituellement adultes ». Il est nécessaire donc d’enseigner cette sagesse, et j’en vois deux aspects. D’abord apprendre aux chrétiens à dégager les principes bibliques pertinents par rapport aux questions soulevées par la société. Et ensuite enseigner comment les exprimer de telle façon que leurs interlocuteurs puissent saisir la cohérence de leurs convictions et leur amour pour leurs prochains. Cela suppose donc que les chrétiens soient instruits sur ces sujets pour éviter les affirmations à l’emporte-pièce qui risquent de nuire aux bonnes relations avec leur entourage. C’est le rôle de l’ambassadeur que Paul évoque dans sa deuxième lettre aux chrétiens : « nous sommes donc ambassadeurs pour Christ » (2 Co 5.20). Un ambassadeur parle avec toute l’autorité de son pays : les apôtres parlaient avec toute l’autorité de Christ, et, en citant leurs paroles inspirées, nous faisons de même. Mais en même temps, un ambassadeur est aussi diplomate pour exprimer son message de telle façon que celui-ci soit favorablement accepté.

3)    La formation de disciples.

Un disciple est un apprenant. Et les rencontres de l’Église sont un moyen privilégié pour assurer cet apprentissage. Que doit apprendre tout chrétien qui veut suivre Jésus ? D’une part, la relation avec Dieu – comment l’aimer, lui obéir, lui faire confiance. Et d’autre part, comment vivre dans ce monde anormal, déchu. Les deux aspects sont importants. Quand on oublie le deuxième élément, il peut y avoir des conséquences dramatiques. Cela peut s’avérer être le cas sur le plan individuel lorsqu’un croyant subit l’attrait du monde et abandonne la foi. Mais on a vu également les conséquences sur le plan collectif. Les piétistes du 17e siècle ont eu une influence très positive pour que les protestants de tradition retournent à la foi évangélique, mais leur légalisme (l’interdiction de lire des romans, d’aller au théâtre) a désarmé l’Église et l’a rendu inapte au dialogue vigoureux et intelligent avec les philosophes du 18e siècle (le « siècle des lumières »). Les chrétiens ont perdu la bataille et nous en vivons les conséquences jusqu’à aujourd’hui.

Mais il n’est pas trop tard pour rattraper cette erreur. Nos contemporains ont besoin de voir la plausibilité de l’Évangile, de voir comment l’Évangile a trait à chaque facette de notre existence. Par conséquent, il faut que le message soit incarné par le disciple.  L’entourage du chrétien regarde et écoute le disciple (le messager !), tant dans sa relation avec Dieu que dans son vécu au milieu d’une société qui se cherche. Par conséquent, le discipulat implique inévitablement les progrès du disciple dans sa compréhension du monde et son analyse de la société d’après les principes bibliques.

Soyons concrets. Que faut-il enseigner au cours de la rencontre dominicale ? Je ne peux que proposer une liste des sujets que j’ai moi-même abordés lors de différents cultes au cours de ces dernières années. D’abord, le fonctionnement de la société française contemporaine : la pensée philosophique qui la sous-tend, la laïcité, la liberté d’expression, et des analyses de la culture actuelle (films, livres, séries télévisées). Ensuite, un certain nombre d’éléments historiques : les grandes lignes de l’histoire du christianisme, les personnalités marquantes (Augustin, Luther, Calvin, Blaise Pascal…), les missions et l’origine de nos différentes dénominations. Il a fallu également aborder des questions éthiques : l’écologie, le racisme, la guerre, la bioéthique, les enjeux que constitue le mouvement LGBT, le développement durable. Bien entendu, des questions plus religieuses étaient aussi au programme : un survol de l’islam et du bouddhisme, mais aussi des sujets de fond de la théologie évangélique tels que la transmission et la traduction des Écritures, et l’interaction avec la science et la médecine. Enfin, j’ai cherché à apporter une instruction pratique sur le comportement humain et la vie du disciple : la gestion de son temps et de son argent, le choix de ses loisirs et l’utilisation des réseaux sociaux, les addictions, le couple et l’éducation des enfants.

Tout un programme, mais tout cela est trop important pour le laisser au hasard de la découverte individuelle, par la lecture et des visites de sites internet. Il me semble que cette instruction est du ressort des responsables de l’Église, de l’équipe pastorale.

Au fond, il s’agit de l'enseignement biblique et théologique qui devrait être donné de façon à montrer la pertinence de la Bible et de la théologie pour les problèmes de société contemporains. À partir d'un ou de plusieurs textes bibliques, et en apportant des éléments de théologie biblique, les responsables peuvent aider les chrétiens à évaluer ce qui se dit sur bien des sujets débattus dans notre société.

 

3)    Troisième thèse : il faudrait prendre en compte l’articulation entre l’Église rassemblée et l’Église dispersée

Nous avons mentionné le mot « discipulat » qui prend de plus en plus de place dans la réflexion missiologique évangélique. Son corollaire, c’est la valorisation de l’Église dispersée, là où les chrétiens vivent leur foi dans le monde tout au long de la semaine. On s’est rendu compte qu’une grande partie de l’énergie des chrétiens était consacrée à l’organisation de l’Église visible, rassemblée (même quand elle est rassemblée sur internet). Un grand pourcentage des finances d’une Église locale sert à l’achat, à l’aménagement et à l’entretien des locaux, puis à l’organisation d’événements, et bien sûr au salaire des permanents de l’Église, du pasteur en premier lieu. En soi, cela n’est pas problématique : il faut se réunir quelque part, il faut chercher une présence visible dans la société et l’ouvrier mérite son salaire (1 Tm 5.17-18). Néanmoins, cette réalité vécue a trop souvent caché une autre réalité : le chrétien va probablement passer au moins 97% de sa vie en-dehors de sa présence aux rencontres de l’Église. En fait, c’est une bonne chose, car « l’Église dispersée » est le moyen par lequel Dieu devient « visible » dans un contexte sécularisé. Selon les paroles de Jésus dans son sermon sur la montagne, les chrétiens sont le sel de la terre et la lumière du monde. C’est l'aspect incarnationnel de la mission de l’Église. « Personne n’a jamais vu Dieu » – c’est le fils incarné qui l’a fait connaître (Jn 1.18). Cette parole trouve son prolongement dans un autre verset (1 Jn 4.12) : « Personne n’a jamais vu Dieu », car c’est lorsque les chrétiens démontrent l’amour de Dieu qu’on les reconnaît comme disciples de Christ (Jn 13.34-35). Il est vrai que tout le monde ne voit pas cet amour des chrétiens réunis entre eux, mais l’apôtre Paul n’envisage pas que cet amour reste invisible : « Que le Seigneur vous remplisse, jusqu’à en déborder, d’amour les uns pour les autres et envers tous les hommes » (1 Th 3.12). Le chrétien cherchera donc à vivre ainsi en disciple dans les quatre réseaux relationnels qui couvrent presque tout ce qu’il fait dans la vie :

·      sa famille

·      son travail / son lieu d’études

·      ses loisirs et ses amitiés

·      la société (son quartier, sa ville)

La motivation de l'amour du prochain sera au centre de ces relations. Certains membres de l'Église seront appelés à s'engager dans des actions sociales ou humanitaires (par exemple dans des organisations telles que la Croix-Rouge ou les banques alimentaires). Mais chacun, dans sa vie quotidienne, veillera à saisir les occasions de glorifier Dieu, de faire le bien, de parler de sa foi. Et en exerçant l’hospitalité, on pourra vivre l’enseignement de Jean 13.34-35 à petite échelle.

La notion d'Église dispersée est extrêmement pertinente dans le contexte contemporain. En effet, le bénévolat et la solidarité locale sont des vertus prônées de nos jours. Il ne faut pas non plus sous-estimer le rôle des « influenceurs » dans les médias sociaux. Par conséquent, dans la France d'aujourd'hui, je crois que cette présence visible et audible auprès des autres est la voie la plus efficace (et la plus biblique !) de communiquer l’Évangile. La visibilité institutionnelle de l’Église locale dans la ville et auprès des autorités peut rassurer la population, mais l’impact du message se fait sentir surtout au niveau relationnel.

Quelles seraient les conséquences de cette réflexion pour le déroulement de la rencontre dominicale des chrétiens ?

C’est surtout par la prise de conscience qu’il faut préparer les chrétiens pour cette « mission » et les encourager pratiquement. Le but de l’Église rassemblée n'est pas seulement de "protéger" l'individu des influences du monde, mais de préparer chaque chrétien à sortir dans le monde en tant que croyant, et à ne pas cacher sa lumière sous un seau (Mt 5.15). Autrement dit, il faut absolument que les chrétiens restent « salés » et qu’ils laissent leur lumière briller. Les chrétiens individuels peuvent aller dans des endroits et faire des choses qui sont impossibles pour l’Église en tant qu’institution – sur le lieu de travail, à l’université, dans les conseils de quartier, dans les clubs sportifs et ainsi de suite (la liste serait longue !).

Au cours des réunions dominicales, trois activités paraissent incontournables :

·      L’enseignement mentionné dans ma deuxième thèse. La Bible aborde constamment des questions liées à la vie du couple et à la famille, au travail et à l’argent. Les croyants ont même besoin d’instruction concrète sur la gestion de leurs finances ou sur leurs choix de vie.

·      Des témoignages vécus. Cela pourrait se vivre sous forme d’une interview : « Qu’est-ce que tu seras en train de faire à cette heure-ci demain ? » Cela permettrait aux chrétiens de mieux se connaître et de comprendre leur différents cadres de vie.

·      La prière les uns pour les autres. Pour un employé qui pose sa candidature pour un nouveau poste au travail. Pour une retraitée qui s’inquiète de la santé d’une voisine. Pour un étudiant qui passe un concours important. Pour un membre de l’Église qui a pu parler de l’Évangile avec un collègue. Là encore la liste des sujets de prière est longue …

Mais surtout, pour bien vivre sa mission dans le monde, le chrétien a besoin de la passion qui vient de son éblouissement devant l’Évangile : l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur (Rm 8.39). C’est l'Église rassemblée qui est le lieu privilégié de cet émerveillement par l’enseignement des vérités présentées dans les Écritures, par la prise de conscience de la pertinence de cet enseignement pour la vie de tous les jours et face aux grandes questions de société, et par l’adoration collective de la communauté.

   

Quelques réflexions en guise de conclusion

Pour donner suite à ces thèses, il est légitime de poser la question de leur mise en œuvre concrète. Le poids de l’histoire est-il trop lourd, ou est-il possible d’évoluer dans ce sens et de vivre ce nouveau paradigme de la réunion hebdomadaire ?

Il me semble qu’une base conceptuelle est utile. Je propose le culte quadrilatère, culte avec l’acronyme bien approprié « fête » (mais l’ordre du déroulement de la rencontre n’a pas d’importance) :

Ø  F comme formation de disciples pour vivre dans le monde contemporain

Ø  E comme émerveillement ou éloge de Dieu

Ø  T comme  texte biblique

Ø  E comme envoi

L’éloge de Dieu (E) et l’enseignement de la Bible (T) ont déjà leur place bien respectée dans notre vécu traditionnel. Il n’est pas question de toucher à ces aspects, mais d’en ajouter deux autres (F comme formation et E comme Envoi). Mais comment les présenter et où les placer ?

Bien sûr, il n’est pas nécessaire de renoncer au mot culte pourvu que l’Église évolue dans sa pratique. Une suggestion de vocabulaire qui m’a été faite est de parler de « la rencontre dominicale de l’Église qui inclut un temps de culte ». Mais le fond est plus important que la forme des mots.

Ensuite, il faut décider comment assurer la formation du disciple en connaissances sur le  monde qui l’entoure. Une possibilité est de suivre le modèle « conférences TED » que l’on peut regarder sur internet : en 10-15 minutes on présente un sujet de façon succincte mais intéressante. On ne peut pas tout dire, mais c’est mieux que rien. Surtout s’il y a un moment de questions/ réponses ou de dialogues après la présentation. Le pasteur n’est pas obligé d’assurer cet enseignement tout seul : il peut faire appel aux membres de son Église (ou d’une Église voisine) pour qu’ils apportent leurs connaissances (par exemple, un légiste, un médecin, un professeur d’histoire..), ou bien il peut télécharger une intervention sur internet et l’utiliser comme entrée en matière du sujet. Une autre possibilité est d’intégrer cet enseignement dans le déroulement de la rencontre, quand le sujet s’y prête, en l’abordant sur les plans de la culture générale et de l’enseignement biblique, avec un temps de louange axé sur les mêmes idées. Cela demande du travail de préparation, et les chants évangéliques sur certains sujets manquent cruellement, mais cette approche peut s’avérer mémorable. Ou bien on peut varier la durée de chacun de ces quatre éléments, voire en supprimer complètement l’un ou l’autre si on le désire (par exemple le moment de formation, ou même le nombre de chants !). Évidemment, tout cela n’empêche pas de mettre en place des sessions de formation plus poussées à un autre moment de la semaine, mais il s’agit de profiter du moment où un maximum de chrétiens sont présents pour assurer une formation concrète de base.

Enfin, le moment d’envoi ne peut plus se limiter à la lecture d’un verset biblique et à une prière de bénédiction. Dans une petite assemblée, il serait envisageable de prévoir un moment d’échanges sur la semaine à venir et ensuite de prier les uns pour les autres ou en petits groupes. Dans une Église plus grande, l’annonce des sujets de prière pourrait se faire par l’intermédiaire du président de culte qui se donnera comme tâche de recueillir à l’avance les besoins des uns et des autres, ce qui est facilité si ce moment devient habituel et que les membres de l’Église ont le réflexe de les communiquer. Cette prière fait partie de la préparation du chrétiens en vue de bien vivre sous le regard de Dieu tous les jours de la semaine.

 


[1] ROMEROWSKI Sylvain, Les sciences du langage et l’étude de la Bible Charols, Éditions Excelsis, 2011, p. 96.

[2] Ibid. p. 96.

[3] Article de Katie BADIE Culte Protestant dans Dictionnaire de Théologie Pratique, Charols, Editions Excelsis, 2011, p 261.

[4] E.A. Judge, « The Social Identity of the First Christians », Journal of Religious History, 11/2, 1980, p. 212. L’allusion à Pline le jeune fait référence à une lettre qu’il a écrite à l’empereur Trajan, dans laquelle il s’interroge sur la dangerosité des chrétiens (Lettre 96, écrite en 112)

[5] Sylvain ROMEROWSKI, « Que signifient les mots métanoeô et métanoïa ? », Fac-réflexion n° 49, 1999/4, p. 37-43.